8. L'avenir du baudet du Poitou


  8.1. Remonter les effectifs en gérant la population et sa consanguinité

  8.2. Utiliser des techniques de reproduction modernes pour relancer les espèces mulassières

  8.3. Assurer un développement économique : vers une diversification des débouchés

  EN RESUME





A ce jour, comment peut être envisagée l'avenir du baudet du Poitou ? Quelles sont les idées à lancer, les mesures à mettre en place ?
Nous proposons dans cette dernière partie quelques éléments à prévoir à plus ou moins court terme dans le programme de sauvegarde du baudet du Poitou.

8.1. Remonter les effectifs en gérant la population et sa consanguinité
Dans un premier temps, il faut assurer la remontée des effectifs des baudets du Poitou et bien maîtriser cette progression. De plus, face à une population très consanguine, il convient de gérer correctement les accouplements.

8.1.1. Gestion rigoureuse des fichiers des animaux
Pour avoir une image quasi-instantanée de l'ensemble de la population il est nécessaire de tenir avec rigueur le fichier des animaux. L'idéal serait la tenue régulière d'une base de données. Deux groupes d'informations sont à enregistrer :
  • Les informations concernant l'éleveur,

  • Les informations concernant les animaux.
Les deux fiches de sorties pourraient réunir les données suivantes :

Figure 20 : Fiche des éleveurs



Figure 21 : Fiche des animaux
Ce type de fichier faciliterait grandement la gestion du cheptel. Il permettrait d'éditer un inventaire par an et d'optimiser le fonctionnement du plan d'accouplement.

La structure la plus adaptée pour créer la base de données et la tenir à jour est l'UPRA " Races Mulassières du Poitou ". Elle pourrait également utiliser ces fiches pour la gestion des chevaux poitevins mulassiers.
Pour une saisie rigoureuse, il faut que la communication entre les éleveurs et les gestionnaires du stud-book soit régulière. Les éleveurs doivent à tout prix signaler tous les animaux nés dans l'année qui seront susceptibles d'être inclus dans le plan d'accouplement. Mais ils doivent également déclarer la vente et la mort des animaux pour que les familles puissent être surveillées par la revue régulière de leurs effectifs. Afin d'inciter les éleveurs à signaler toutes les modifications intervenues dans leur cheptel, l'UPRA pourrait adopter deux méthodes différentes :
  • Changer le mode de cotisation à l'UPRA. A ce jour, l'éleveur paye une seule fois par animal. La cotisation pourrait être diminuée mais demandée chaque année. L'éleveur veillerait alors à déclarer tout animal ayant quitté son exploitation,

  • Demander au propriétaire de dresser une fois par an un inventaire de son cheptel sur un modèle de l'Identification Pérenne Généralisée des bovins (IPG) . L'UPRA renverrait chaque année l'inventaire de l'année précédente et l'éleveur n'aurait plus qu'à y porter les modifications survenues : ventes, décès et naissances.

De plus, il est nécessaire de mettre rapidement en place un système de gestion opérationnel des populations localisées à l'étranger. Les papiers de déclaration de naissance, les carnets de saillies etc. devraient être au moins publiés en anglais pour qu'ils puissent être compris par la majorité des éleveurs étrangers. A ce jour, le passage d'informations entre eux et l'Administration Française est laborieux.



8.1.2. Mise en pratique du plan d'accouplement Mise à jour régulière du plan d'accouplement
Cette mise à jour consiste à affecter les mâles de trois ans après leur agrément ainsi que les femelles après confirmation à trente mois. Elle sera prise en charge par la personne qui gère déjà le plan d'accouplement des traits poitevins mulassiers. Il s'agit à ce jour de Benoît BITEAU, chargé de mission au Parc Interrégional en Conservation Génétique. Il est important de ne pas dissocier ces plans d'accouplement étant donné que les deux races ont toujours été élevées en parallèle. Il n'en sera que plus facile pour les gestionnaires du plan d'accouplement ainsi que pour les utilisateurs.

Information des éleveurs
Dans un premier temps, les éleveurs doivent prendre connaissance de l'existence du plan d'accouplement. Toutes les structures impliquées dans l'action de sauvegarde du baudet du Poitou et étant en contact avec les éleveurs peuvent s'en charger.
Dans un deuxième temps, le plan d'accouplement doit être édité et distribué en début d'année à tous les éleveurs pour qu'ils puissent gérer leurs accouplements. Ce dossier doit ressembler à celui publié par le Parc Interrégional pour le trait poitevin puisque la plupart des éleveurs de baudet du Poitou possèdent également des chevaux et ont donc déjà travaillé avec ce document. Il comporte une première partie expliquant l'intérêt de ce programme ainsi que son principe général. Puis, à chaque fois sur une nouvelle page, apparaissent le groupe de mâle et le groupe de femelles à croiser cette année là. Des codes de couleur permettent à l'éleveur de retrouver plus rapidement la famille de son ânesse.

Encouragement des éleveurs
Cet encouragement peut se faire par deux moyens :
  • La SABAUD, le Parc Interrégional et les Haras Nationaux doivent montrer l'exemple en respectant le plan d'accouplement et en prêtant attention à l'origine des baudets nationaux proposés aux éleveurs,

  • Des primes d'accouplement doivent être offertes aux éleveurs qui suivent les conseils de croisement.

Nous prévoyons un taux de suivi avoisinant celui des traits poitevins, c'est à dire 60%.
8.2. Utiliser des techniques de reproduction modernes pour relancer les espèces mulassières
Nous avons déjà largement parlé de l'intérêt de l'insémination artificielle pour la diversification des origines et la mise en pratique du plan d'accouplement. Cependant, une autre technique sur laquelle les chercheurs ne se sont pas encore réellement penchés, pourrait s'avérer aussi intéressante. Il s'agit de la transplantation embryonnaire.

  • Transplantation d'un embryon de baudet pure race sur une ânesse croisée.
    Les ânesses croisées de première ou deuxième génération ne sont plus vraiment intéressantes pour le programme de croisement continu d'absorption. Elles pourraient cependant être utilisées comme mères-porteuses d'embryons de race pure. Elles offrent en effet le format nécessaire et l'effet maternel qui s'exercera sur l'ânon sera similaire à celui qu'exercerait une femelle pure. Ainsi, ces ânesses croisées pourraient continuer à jouer un rôle dans la sauvegarde de la race et la population de baudet du Poitou augmenterait ses effectifs rapidement. Il faudrait cependant veiller à faire varier les mères-donneuses afin d'éviter la baisse de variabilité génétique chez le baudet du Poitou.


  • Transplantation d'un embryon de mule poitevine sur une jument de trait de grand format.
    La transplantation embryonnaire peut être également appliquée pour la production de mules poitevines (jument mulassière x baudet du Poitou). Celle-ci est aujourd'hui réduite à zéro malgré la demande importante. Il faudrait la relancer pour ne pas perdre ces acheteurs et en attirer de nouveaux. Cependant, le nombre de juments mulassières est aujourd'hui trop faible pour produire des mules plutôt que des poulains. Dans ce contexte, il serait intéressant de transplanter des embryons de mules poitevines sur des juments de trait de grand format (du type Percheron), qui n'auraient pas d'effet maternel négatif.



8.3. Assurer un développement économique : vers une diversification des débouchés
La chute des effectifs du baudet du Poitou a eu pour principale origine la disparition de l'unique débouché économique : les mules. Pour éviter que le même phénomène ne se reproduise, il convient de diversifier les débouchés.

A court terme :
Le baudet du Poitou est un animal très prisé par le public qui le recherche comme animal de compagnie. La production ne parvient pas à satisfaire la demande et les prix s'envolent. Les éleveurs n'ont aucun mal à trouver des acheteurs. Il n'y a donc pas de crainte à avoir quant à l'écoulement de la production pour les prochaines années en France et à l'étranger. Il faut tout de même éviter les erreurs commises durant les années 80 et veiller à proposer aux acheteurs des animaux de qualité, afin de ne pas perdre à nouveau leur confiance.
A moyen terme :
Lorsque l'engouement du public sera plus modéré et que les prix redeviendront abordables, les éleveurs pourront vendre les baudets du Poitou en tant que reproducteurs à des pays désirant produire des mules fortes et charpentées pour le travail ou bien pour le sport. Ils pourront également servir d'améliorateurs des races asines locales. Les pays comme l'Inde, le Pakistan, le Maroc et le Japon sont fortement demandeurs en baudets.

De plus, dans quelques dizaines d'années, la production mulassière pourra reprendre dans le berceau de race. La mule a de nombreux débouchés :
  • La traction agricole dans les pays en voie de développement comme l'Inde, l'Algérie, le Chili, l'Ethiopie et le Maroc et le débardage en particulier dans les zones montagneuses (Suisse) ou dans le sable (Landes),

  • L'attelage de loisir et les sports équestres. Il faut savoir qu'un attelage de mules a un cachet extraordinaire. De plus, les mules peuvent être dressées à la voix, ce qui s'obtient très difficilement avec les chevaux et il existe des épreuves de maniabilité à la voix dans certains concours. Enfin, les américains utilisent beaucoup la mule comme monture dans les sports équestres. En 1976, c'est avec une mule que W. NORTON a remporté le Great American Horse Race (3 200 km) devant des poneys et des chevaux de toutes races,

  • La boucherie. La viande de mulet est d'excellente qualité avec des sujets âgés. Malheureusement le rendement carcasse est peu élevé.

Les acheteurs recherchent essentiellement des mules dressées. Le pôle d'attelage de Luçon-Pétré, qui se charge actuellement du débourrage de chevaux de trait poitevins, a déjà dressé quelques mules. Il pourrait développer cette activité lorsque la production mulassière aura repris.

A long terme :
Outre la production de mules, le baudet du Poitou devrait trouver d'autres utilisations. Pourquoi ne pourrait-il pas porter un bât ou bien être attelé pour les travaux agricoles ou bien pour le loisir et le tourisme comme les autres ânes ? Cet âne si grand et avec une telle ossature est malheureusement handicapé par ses problèmes au niveau des membres. Ainsi, lorsque les effectifs seront suffisants, une pression de sélection pourra être exercée afin d'éliminer ce défaut et permettre au baudet du Poitou de varier ses fonctions.



En résumé:

L'avenir du baudet du Poitou semble assuré à trois conditions :

  • Gérer la population de façon rigoureuse. Chaque animal doit être correctement enregistré et toute modification doit être signalée par les éleveurs. Dans ces conditions, le plan d'accouplement pourra fonctionner correctement,

  • Utiliser les techniques de reproduction modernes, pour accroître la production,

  • Diversifier les débouchés de la filière.






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